À propos

Le groupe de recherche Cultures visuelles s’est constitué au sein du laboratoire ACCRA il y a trois ans, et qui est à présent également rattaché à l’ITI Lethica (Institut thématique interdisciplinaire de recherche et de formation LETHICA : Éthique, littératures et arts). Les membres actifs de ce groupe développent un ensemble de recherches et de réflexions sur l’image, entendue ici non pas comme un objet physique (une surface plane présentant une configuration de formes signifiantes), mais comme un processus dynamique, une relation, un rapport social embarqué ou incarné par des objets visuels. L’image est un point d’entrée, une médiation privilégiée de quelque chose qui passe par le visible ou qui est rendu visible (ou invisible) : rapports de pouvoir, connaissance, information, etc. L’image est donc envisagée ici comme un objet interdisciplinaire. Si ses occurrences sont de nature picturale, photographique, cinématographique, médiatique, elle peut tout aussi bien prendre corps dans les arts, les sciences, les médias, ou dans de nombreuses autres pratiques qui font tenir aux questions visuelles un rôle de premier plan. Dans la perspective récemment ouverte par les études culturelles et visuelles, l’image n’est pas ici un champ d’étude en soi, mais un mode de construction de la connaissance, une forme par laquelle sont appréhendées des problématiques qui ressortissent à différentes pratiques et champs du savoir, (cinéma, arts du spectacle, danse, design, arts plastiques, architecture, histoire de l’art, et plus généralement les sciences humaines et sociales), que ce groupe de recherche interdisciplinaire entend faire dialoguer.

Depuis 2019, plusieurs projets et événements scientifiques se sont développés au sein du Groupe de recherche. Différentes rencontres et discussions ont nourri les activités de l’Unité de recherche ACCRA. Dans le cadre des activités pédagogiques et de recherche, le séminaire recherche Cultures visuelles proposé dans la formation en Master de la Faculté des Arts de Strasbourg connaît cette année sa troisième édition (2018-2021). La journée d’études How not to be seen : Attitudes et stratégies de résistance au sein de la culture visuelle invisible (2019) fut le premier événement public du groupe donné en dehors du campus de l’Université de Strasbourg (Syndicat Potentiel, Strasbourg). Par la suite plusieurs autres manifestations ont suivi : la conférence-performance Embodied Embedded View (2020), ou la journée de conférences publiques Archiséries (2020) qui s’est déroulée au 5e Lieu à Strasbourg (soutenue par l’Université de Strasbourg, l’ENSAS et l’INSA Strasbourg, l’AMUP et l’ACCRA), et bien sûr le projet de rencontres et de publication intitulé Design graphique manières de faire de la recherche développé avec le CNAP et le Centre Pompidou de Paris (toujours en cours).

culturesvisuelles.org

Face au contexte actuel, le monde universitaire a redoublé d’inventivité pour poursuivre ses activités de recherche et de publication selon des modalités alternatives, qui passent majoritairement par des solutions numériques. Ce phénomène n’a fait que poursuivre et accentuer un mouvement qui est désormais bien théorisé sous le nom d’« humanités numériques » (Citton, 2015) : le tournant numérique pris par les technologies de l’information transforme notre rapport à la production et à la diffusion des savoirs ; tout comme il ouvre sur des questions liées à la science ouverte, à la démocratisation de la connaissance et à l’accès aux ressources. Si dans ces conditions, il apparaît de plus en plus évident de concevoir des outils numériques (plateformes de publication, systèmes de visioconférence, etc.), il est tout aussi indispensable de mener une réflexion scientifique sur les effets de ces outils sur les conditions de circulation des savoirs.

Le tournant numérique s’accompagne depuis maintenant plusieurs années d’une transformation en profondeur des pratiques scientifiques, qui, dans le contexte actuel, a nécessité d’inventer de nouveaux modes de production et de diffusion des connaissances. La distance imposée par la crise que nous traversons maintenant a poussé les chercheur·se·s à trouver dans les moyens numériques de nouvelles opportunités pour mener et publier leurs travaux – moyens qui se sont souvent traduits par une démocratisation de la culture scientifique. Face à cette situation sanitaire inédite, et dans l’objectif de trouver des solutions pour poursuivre le développement d’activités scientifiques et culturelles engagées depuis trois ans et programmées au calendrier, les membres les plus actifs du groupe de recherche Cultures visuelles (ACCRA UR 3402) ont imaginé un projet de plateforme numérique comme un espace pérenne d’échanges, de production et de diffusion du savoir.

Constitué dans la perspective récemment ouverte par les études culturelles et visuelles, le groupe développe un ensemble de recherches et de réflexions sur l’image et les savoirs visuels, en privilégiant une approche interdisciplinaire sur des objets dont l’étude passe par le visible ou par ce qui est rendu visible (ou invisible) : rapports de pouvoir, connaissance, information, etc. La diversité des membres du groupe, des objets et des méthodes qu’il croise, nécessitent d’imaginer de nouveaux outils de travail et de diffusion des travaux, sur des sujets contemporains qui sont étroitement liés à la vie dans la cité : fiction et architecture, représentation de l’intelligence artificielle, médias et fictions, etc. Cette plateforme numérique est un outil original d’élaboration, de construction et de diffusion des savoirs, qui associe étroitement une réflexion sur l’organisation visuelle des connaissances, au développement, depuis l’Université de Strasbourg, d’un réseau international de chercheur·se·s sur les études visuelles. Cette plateforme vise par ailleurs à intéresser un public plus large aux enjeux posés par les cultures visuelles dans notre environnement immédiat. L’élaboration de cette plateforme est aussi l’opportunité de proposer au public un objet culturel didactique, offrant, à quiconque s’y intéresse, une expérience exploratoire sur le rôle des images et des cultures visuelles dans notre environnement.

Culturesvisuelles.org est l’occasion pour le groupe de mener une réflexion et une expérimentation sur les nouveaux outils de travail collaboratif et sur les modes de diffusion et de publication de ses recherches. La plateforme est envisagée comme un dispositif d’écriture singulier, qui devrait permettre à plusieurs chercheur·se·s éloigné·es dans l’espace de collaborer sur un même projet et de diffuser en ligne leurs contenus. Elle est aussi pensée comme un système de présentation et de partage des travaux du groupe, sur un mode tout à fait singulier qui offre une large part aux images et aux présentations visuelles. Ici encore, les apports du design et des humanités numériques (Masure, 2017), des pratiques artistiques de réemploi d’images (Chabert & Maule, 2018) ainsi que des études visuelles (Boidy 2017), alimentent une réflexion qui implique un travail spécifique sur la formalisation, sur les choix graphiques et typographiques de la plateforme.

Toute l’histoire du livre montre que la mise en forme de l’écrit et le rapport entre texte et image ont souvent représenté des enjeux fondamentaux dans l’histoire des connaissances. La conception de nouveaux supports de diffusion des savoirs donne au 21e siècle un prolongement légitime à ces problématiques anciennes (Drucker, 2014). Le numérique vient déplacer les questions liées à la référence (en offrant de nouvelles manières de rendre visible les multiples liens qui sont tissés par un texte), à la comparaison (en permettant de mettre instantanément en regard des documents éloignés dans le temps et dans l’espace), à l’archive (en multipliant les modes d’indexation possibles). Toutes ces questions, inscrites dans le programme et dans les intentions du groupe de recherche, trouvent dans la plateforme un espace idéal d’expérimentation, qui aura également pour objectif de donner à voir au public de nouvelles manières de médiatiser des recherches scientifiques.