Axes de recherche

Cinq axes parcourent les travaux du Groupe de recherche Cultures visuelles. Ces axes ont été créés à partir de différents projets, événements, ou productions scientifiques depuis 2019.

Les axes

Représentations et intelligence artificielle

Cette dernière décennie a vu de nombreuses avancées technologiques remettre sur le devant des scènes scientifique et médiatique le terme d’intelligence artificielle. Bien qu’elle englobe une myriade de concepts, de domaines et d’applications empêchant d’en tirer une définition précise et de la cantonner à une discipline autonome, cette appellation est entourée de mythes nourris par de nombreux récits populaires et représentations aussi anciens que le concept d’automate. Alors que l’idée de simuler un schéma de pensée humaine de manière artificielle remonte aux années 1950 (Turing, McCarthy, Minsky, Rosenblueth…), il faut attendre les années 1980 pour appliquer les méthodes statistiques du machine learning (apprentissage automatique) aux algorithmes et les années 2000 pour voir émerger des projets d’envergure (Blue Brain) ainsi qu’un intérêt renouvelé pour la question. Mais c’est surtout pendant les années 2010 qu’un changement de paradigme s’opère suite au développement rapide du deep learning, ou apprentissage profond (Cardon et al, 2018) et à l’implication massive des GAFAM. L’expression paradoxale d’« intelligence artificielle », entretient alors des liens parfois lâches avec les concepts, finalement assez différents, de machine learning et deep learning. Ces récentes avancées techniques sont souvent accompagnées par des représentations fictives de différentes sortes. Publicité, littérature, œuvres d’art, films et séries, jeux vidéos et récits techno-scientifiques fictionnels relayés dans les médias offrent autant d’imaginaires qui familiarisent le grand public avec l’intelligence artificielle. La performativité des récits visuels et des images de l’intelligence artificielle constitue un élément à prendre en considération. Ces représentations ne font pas que suivre ou s’inspirer des innovations techniques existantes, elles semblent parfois les préfigurer au point que l’image de l’intelligence artificielle peut aussi contribuer à installer les conditions de sa réception par le public, en montrant des usages, des pratiques, des discours, des phénomènes fictifs.

Événements / projets

Que font les images de l’IA ? (2021) (ACCRA), est une journée d’études visant à interroger ce que font les multiples images qui se sont construites à partir de ce vieux rêve de l’humanité qu’est l’intelligence artificielle.

Voir avec les images


Le regard est une question centrale dans la théorie de l’art mais est aussi fondamentalement transversale, puisque ce dernier est constamment redéfini au fil des théories, des technologies et des politiques. De la différence notoire des termes « voir » et « regarder » résulte la question d’une pensée induite (Didi-Huberman, 1992). Par son intentionnalité, le « regard » se distingue du « voir », il interprète, examine et rationalise. Or, comme la pensée, le regard et sa définition sont sans cesse réinventés. Ceux-ci sont par exemple à dissocier du terme gaze parcourant les théories critiques anglophones, qui renvoie à un regard focalisé, employé pour forger des concepts politiques (male gaze, imperial gaze, white gaze…). L’apparition de nouvelles formes d’échanges de regards via le couple caméra/écran est accompagnée par l’évolution des plateformes d’interactions en ligne qui les révèlent, les distancent et posent la question de leur autonomie. Le regard est singularisé, mis en réseau dans une société performative (Han, 2015) générant la nécessité d’être visible. De fait, le regard influe, agit sur des situations données, nous pouvons alors nous interroger sur sa performativité. Quelles formes d’espaces communs produisons-nous par l’expérience partagée de ces dispositifs de médiation ?

Événements / projets

How not to be seen : Attitudes et stratégies de résistance au sein
de la culture visuelle invisible
(2019) est une journée d’études qui s’est déroulée au Syndicat Potentiel à Strasbourg.
Embodied Embedded View (2020) est une conférence-performance qui s’est déroulée au Syndicat Potentiel à Strasbourg.

Zoomed Out (2021) (ACCRA, Master Faculté des Arts de Strasbourg), est un projet de recherche construit avec les étudiant·e·s du Master Arts Plastiques (Théorie & Pratique) de la faculté des Arts de Strasbourg, visant à questionner les formes d’espaces communs produits par l’expérience partagée des dispositifs de médiation numériques comme Zoom.

Fictions, architecture et mondes urbains

Quel monde sommes-nous en train de construire ? Que vont devenir nos constructions actuelles ? Comment seront-elles utilisées, poursuivies ou abandonnées par d’autres ? Tendent-elles à l’émancipation ou seront-elles vécues comme des contraintes ? Pour donner forme à ces questionnements qui, par la fiction, soumettent les réalisations humaines à l’épreuve du temps, les espaces urbains et autres constructions architecturales constituent des éléments de décor et d’intrigue assez spectaculaires. Ils opèrent à la fois comme le symbole de la construction humaine (ils en sont la manifestation, la structure visible à de multiples échelles) et comme un aspect de la vie que chacun s’approprie singulièrement (depuis l’intimité de la maison jusqu’aux lieux de socialisation que constituent les villes). En cela, ils “parlent” à chacun en tant qu’individu faisant partie d’une humanité et sont largement mis en scène dans les œuvres de fiction.

    

Événements / projets

Archiséries (2020) (ACCRA, AMUP, 5e Lieu, ENSAS), est une journée d’études qui s’est déroulée dans les locaux du 5e Lieu à Strasbourg, visant à questionner les diverses représentations de l’architecte et de l’architecture dans les séries télévisées.
Archifictions (2021) (ACCRA, AMUP, ENSAS, INSA, AHP PREST UMR 7117), est un projet de recherche international regroupant des interventions de chercheurs français, belges, anglo-saxons et anglo-américains, etc. Il s’agit de mener une recherche questionnant les représentations de l’architecture, et des mondes urbains dans les fictions télévisuelles par l’entrée de sujets contemporains.

Épistémologie visuelle du vrai et faux (ITI LETHICA)

Il s’agit ici d’étudier trois modes de rapport avec la vérité. Communément employés pour qualifier ou disqualifier images, textes et discours, les faits, les fakes et les fictions sont des catégories qui semblent aller de soi. Nous examinerons la manière dont ces médias peuvent être rapportés aux faits, fakes ou fictions, en interrogeant dans leur environnement le vrai, le faux, la transparence, l’opacité, ou le fantasme et la spéculation. Les objets d’études sont empruntés aux champs de l’architecture, du design, de la création numérique, télévisuelle, cinématographique, mais aussi au domaine du journalisme et de la communication par les réseaux sociaux. Comment la médiatisation (mettre en images, organiser l’information, faire une métaphore ou diversement communiquer) contribue-t-elle à renforcer ou affaiblir un discours ? Comment les faits, fakes et fictions sont-ils employés dans la construction de connaissances et d’opinions ? Comment le vrai et le faux, comme catégories épistémiques se traduisent-ils dans des objets visuels ?

Événements / projets

Séminaire Cultures visuelles Faits Fakes Fictions (2021) (ITI LETHICA, ACCRA, AMUP, AHP PREST UMR 7117), est un séminaire de recherche ouverts à la formation en Master de la Faculté des Arts de Strasbourg, accueillant plusieurs invités à débattre de la manière dont les médias visuels peuvent être rapportés aux régimes des faits, des fakes ou des fictions, en interrogeant dans leur environnement conceptuel immédiat le vrai, le faux, la transparence, l’opacité, ou encore le fantasme et la spéculation. À la suite du séminaire, les premières contributions et d’autres à venir enrichiront une publication numérique dialogique accessible aussi depuis culturesvisuelles.org.

Recherche et épistémologie de la recherche en design graphique

Le champ du design graphique est marqué depuis maintenant quelques années par un intérêt grandissant pour la recherche. Cet intérêt se traduit à plusieurs échelles : au niveau de l’enseignement dans les écoles d’art et les universités (qui associe de mieux en mieux la théorie et le projet), au niveau de la pratique (qui gagne en réflexivité et en recul critique) et au niveau de la recherche elle-même (qui s’enrichit de connaissances de plus en plus variées). Ce double travail de consolidation du réseau des acteurs et de diffusion de la recherche n’était pas aisé, dans un contexte où beaucoup de liens restent à construire. Dans le numéro dédié de Graphisme en France, Alice Twemlow et Éloïsa Pérez faisaient déjà remarquer le manque de cadre commun pour les chercheurs de ce domaine. En effet, s’il y a une problématique qui marque la recherche en design graphique, c’est bien le fait que son identité et sa spécificité, à la frontière des pratiques voisines des arts plastiques et du design, sont régulièrement discutées et interrogées. Par ailleurs, des disciplines historiquement établies comme l’histoire de l’art, la sémiologie, l’esthétique, les sciences de l’information et de la communication ou encore la sociologie (pour ne citer que les plus communes), ont des objets de recherche qui recouvrent ceux du graphisme, dès lors envisagés à travers des paradigmes très différents. On peut alors s’interroger sur l’existence et la nature de “modes de connaissance propres”, ou de manières spécifiques de faire de la recherche en design graphique. Comment celles-ci se sont-elles développées ces dernières années, tout en ménageant des points de passage et des ouvertures vers les disciplines voisines ?

Événements / projets

Design graphique manières de faire de la recherche (2020-2021) (ACCRA, CNAP), est une journée d’études regroupant des chercheurs et des graphistes (prévue pour 2021 au Centre Pompidou de Paris), donnant également forme à une publication de textes en lien avec la réflexion sur la recherche en design graphique.